FSU Territoire de Belfort
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« La France Invisible » : un coup de projecteur salutaire sur ceux qu’on ne voit pas

mardi 30 septembre 2008 par FSU 90

Publié peu de temps avant les élections présidentielle et législative, ce livre se voulait un état des lieux sociologique et journalistique des marges de notre société. En s’intéressant à ceux dont on ne parle pas les auteurs voulaient ramener dans la lumière du débat politique (jamais clos !) des situations sociales dont l’invisibilité n’est pas accidentelle.
Et la liste est longue des « oubliés » des discours politiques et médiatiques. Les auteurs consacrent pas moins des deux tiers de leur travail - sur plus de 600 pages – dans les contours d’un tableau de toutes celles et ceux qui, victimes d’une domination économique et/ou symbolique, n’ont pas droit à la parole. « Accidentés et intoxiqués au travail, délocalisés, éloignés, expulsables, gens du voyage, jeunes au travail, pressurés, sans-domicile, vieux pauvres »… Voici quelques-uns des 36 chapitres de ces « hors normes » pris au hasard d’un sommaire qui donne le tournis. La redondance des appellations évoquant la différence ou la marginalité questionne alors constamment sur le processus social de la normalité dont ces personnes seraient éloignées. Cette première partie est le fruit d’un travail collectif majeur mettant côté à côte des intellectuels qui se fréquentent habituellement peu (scientifiques et journalistes) mais qui ont fait œuvre commune pour donner sens et chair à des réalités méconnues. Chaque situation est présentée de façon globale puis illustrée par des entretiens ou des portraits qui permettent au lecteur de mieux appréhender le vécu des personnes concernées. Ce travail de fourmi – nécessaire et salutaire - nous interpelle sans cesse dans notre quotidien de citoyen, d’actif, de parent, d’adulte, de syndiqué notamment. Rien n’y échappe et le coup de projecteur est implacable, signe d’une pensée unique dont il est difficile de s’extraire.

Si le livre s’arrêtait là, son mérite serait déjà grand mais il en fallait plus pour mettre en perspective les raisons de tels « oublis ». La deuxième partie de l’ouvrage donnent des pistes pour mettre à jour les stratégies à l’œuvre : Ainsi, Stéphane Beaud détaille l’architecture de la recherche sociologique en France qui passe parfois à côté de ces « angles morts » d’observation du social ; Claire Auscure et Lucio Néro insistent sur les ambiguïtés et les limites d’un outil statistique (ex : le RMI), dont la nature ou l’interprétation peut ignorer une partie du corps social ; D’autres auteurs développent l’usage abusif de certaines notions (« les bobos », « les classes moyennes », « les travailleurs pauvres » par exemple) pour en souligner les risques de dérives dans nos représentations de la société. Enfin, un dernier point d’analyse porte sur le double rôle du droit non seulement dans cette mise sous silence d’une partie de la population (le « hors frontières » juridique) mais également dans la précarisation qui touche durablement le monde du travail. Le « toilettage » récent du code du travail participe alors clairement d’une volonté de renvoyer à la sphère privée la gestion du « social », signe d’un désengagement récurrent de l’Etat. Un bilan contrasté du rôle des organisations syndicales, du travail social et des politiques éducatives finissent par convaincre du caractère évitable de ces invisibilités qui conservent malheureusement toute leur actualité.

Jérôme PHILIPPE, SNES-Fsu










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